La Constitution peut proclamer que les ressources naturelles appartiennent au peuple sénégalais: C’est une avancée majeure. Mais une disposition constitutionnelle, aussi forte soit-elle, ne protège rien par elle-même. Elle devient réelle seulement lorsque les citoyens s’en emparent.
Dire que les ressources appartiennent au peuple signifie d’abord que leur gestion ne peut plus être une affaire réservée aux seuls initiés : autorités centrales, élus locaux, investisseurs, intermédiaires, cabinets, notaires, entreprises ou partenaires étrangers.
Cela signifie que le peuple doit savoir qui a accès aux terres, aux mines, à l’eau, au pétrole, au gaz, aux forêts, au littoral et aux espaces agricoles. Qui négocie ? Qui signe ? Au nom de qui ? Pour quel bénéfice ? Avec quelles garanties pour les communautés locales et les générations futures ? La préservation de l’environnement?
La souveraineté sur les ressources ne doit pas devenir un slogan. Elle doit devenir une pratique quotidienne de vigilance. Nous devons refuser de collaborer, directement ou indirectement, avec ceux qui pillent, bradent ou capturent nos ressources. Le pillage ne vient pas toujours de l’extérieur. Il prospère souvent grâce à des complicités locales : silence, facilitation, signatures complaisantes, arrangements opaques, absence de contrôle.
Nos terres agricoles méritent une attention particulière. Elles ne sont pas seulement des biens économiques. Elles sont la base de notre souveraineté alimentaire, de notre stabilité sociale et de notre avenir écologique. Lorsqu’une terre fertile disparaît, ce n’est pas seulement une parcelle que l’on perd ; c’est une part de l’avenir national que l’on compromet.
Les collectivités territoriales doivent donc être tenues responsables. Les citoyens doivent suivre les délibérations, interroger les affectations foncières, demander des comptes sur les conventions, surveiller les changements d’usage des terres et refuser que le patrimoine collectif soit transformé en opportunité privée.
La protection des ressources n’est pas un acte contre l’investissement. Elle est une exigence de justice. Le Sénégal a besoin d’investissements, mais pas d’investissements prédateurs. Il a besoin de partenariats, mais pas de dépendance. Il a besoin de développement, mais pas d’un développement qui enrichit quelques-uns en appauvrissant durablement le pays.
La question centrale est simple : les ressources servent-elles le peuple ou servent-elles ceux qui parlent au nom du peuple ?
Cette Constitution nous rappelle une vérité fondamentale : le Sénégal ne nous appartient pas seulement à nous. Il appartient aussi aux générations qui ne sont pas encore nées. Nous n’avons pas le droit de leur léguer des terres épuisées, des ressources capturées, des contrats opaques et une souveraineté vidée de son contenu.
Si les ressources appartiennent au peuple, alors le peuple doit devenir gardien, sentinelle et arbitre, car protéger les ressources du Sénégal, ce n’est pas seulement défendre le présent. C’est protéger l’avenir.
Yaye Fatou Sarr